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I
Mes jeunes années
Le cocon
En ce 8 mars
1926, dans un hameau nommé Romandie situé dans l’Aisne, l’hiver
soufflait ses dernières froideurs. Dans la petite ferme de la
famille B., un joli poupon potelé poussait son premier cri.
Délicatement enveloppé de linges blancs, dans son berceau de
fortune, il souriait au monde… La vie s’offrait à lui.
Suzanne
récupérait doucement de son troisième accouchement. Elle avait
tant répété après la venue de son deuxième enfant qu’elle aurait
préféré se pendre s’il en arrivait encore un ! Hélas pour elle
et tant mieux pour moi, car j’étais celui-là ! À cette époque,
Dame Nature décidait des compositions familiales et les familles
nombreuses n’étaient pas rares. C’est ainsi que neuf frères et
sœurs vinrent chacun leur tour compléter notre famille.
Suzanne et Jules
étaient de modestes agriculteurs. Ils avaient une petite ferme
d’une quinzaine d’hectares, en propriété et en location. Nous
vivions des produits de la ferme et la vie n’était pas facile.
Ainsi, nos parents avaient beaucoup de mérite d’élever de leur
mieux leurs douze enfants. (© G.B.) |
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I
- Viens, allons voir cette boutique.
Un portier nous ouvre la porte tout
en verre, ornée d’une immense poignée d’or. Nous entrons dans ce
sanctuaire luxueux, les yeux éblouis de mille étincelles. Sous
nos pieds, un éclatant tapis rouge aux motifs orientaux adoucit
chacun de nos pas, si bien qu’il me semble fouler une mousse
soyeuse et épaisse. Je
m’approche d’un rayon et saisis un flacon
aux formes particulièrement féminines. Délicatement, je dévisse le
bouchon et porte ce flacon à mon visage. Une puissante odeur de
noix de coco s’en dégage et imprègne tous mes sens. Aussitôt, je
me sens transportée sur les plages de mon enfance…
J’entends les
rires de mes frères et sœurs
qui jouent à s’attraper. Le soleil brûle ma peau colorée. Assise
au creux d’un cocotier, je vois ce grand navire noir et blanc
qui, lentement, s’approche du port, guidé par le petit bateau de
mon père. Mon père, cet homme exemplaire et plein d’amour pour
ses enfants. Né dans une famille de riches propriétaires
terriens, il a grandi dans l’aisance financière. Mais le fil de
la transmission se rompt brutalement lorsque son grand-père joue
et perd toutes les terres familiales lors d’une partie de poker
chinois. Toute sa vie durant, mon père en sera meurtri et ne
pourra se satisfaire du niveau de vie, pourtant enviable, qu’il
offre à sa famille. Pour subvenir aux besoins de ses neuf
enfants, il cumule courageusement deux activités. En plus de son
travail à l’usine de fabrique d’huile de coco, il guide les
bateaux étrangers, venus charger les fûts remplis de cette
précieuse essence, depuis le large jusqu’à la côte.
(©
M.M) |
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